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AccueilSynthèse des débats
La Chine représente un cinquième de la population mondiale, avec un Etat autoritaire au service du capital. Elle s’intègre aujourd’hui dans un contexte marqué par une réduction des distances, notamment avec Internet et la baisse des coûts de transport. Dès lors, peut-on dire que le modèle de croissance chinois est un modèle sans précédent ?Erik IZRAELEWICZExiste-t-il un modèle chinois, ou ce modèle est-il sans précédent ? La réponse est double. Tout d’abord, il convient de souligner que ce qui a lieu en Chine est d’une certaine manière assez banal. Il s’agit en effet d’une révolution industrielle, à l’instar de celle qu’ont connu bien d’autres pays durant les deux derniers siècles. Les composantes d’une révolution industrielle sont assez constantes : un pays agricole bascule dans l’industrie ; la ruralité laisse place à l’urbanité ; la consommation de masse apparaît ; etc. Nous retrouvons tous ces éléments en Chine aujourd’hui. Néanmoins, les circonstances dans lesquelles s’opère cette révolution industrielle sont spécifiques. Tout d’abord, la Chine est l’empire de la démesure qui regroupe 20 % de la population mondiale. Quels que soient les domaines dans lesquels ils sont cités, les chiffres de ce pays restent toujours très impressionnants. Compte tenu de cette démesure, les effets de la révolution industrielle en Chine sont d’une toute autre ampleur en comparaison des révolutions industrielles survenues dans des pays de taille plus réduite. Aux Etats-Unis par exemple, lors de la révolution industrielle du XIXème siècle, le territoire américain abritait à peine plus de 1 % de la population mondiale. L’autre spécificité de la révolution industrielle à l’œuvre en Chine provient du système économique chinois. Il s’agit d’un système hybride qui conserve des aspects du communisme et qui comprend d’ores et déjà certains éléments propres au capitalisme. De plus, cette révolution a lieu au moment de ce que j’appelle « le Net et le Jet ». En effet, en raison du développement d’internet et des moyens de transport, la circulation des marchandises, des capitaux et des hommes est beaucoup plus facile aujourd’hui qu’elle ne l’était auparavant, par exemple lors de la révolution industrielle en France ou au Japon. Ces spécificités ont pour effet d’accélérer le rythme de la révolution industrielle en Chine. La transformation de la Chine est ainsi beaucoup plus rapide que toutes celles que nous avons connues jusqu’à présent. Par exemple, en France, 50 ans ont été nécessaires pour que le taux d’urbanisation passe de 20 % à 40 %. En Chine, la même évolution a pris 25 ans… De tels exemples sont nombreux et témoignent du caractère exceptionnel de la révolution industrielle en Chine. La demande chinoise a dopé les économies américaines, japonaises et européennes. L’émergence de cette demande ne finit-elle pas par accroître la dépendance des économies développées à l’égard de l’empire chinois ?Erik IZRAELEWICZIl est certain que l’une des autres caractéristiques de la révolution industrielles chinoise est que la Chine s’appuie beaucoup plus que tous les autres pays sur la mondialisation. Par exemple, pour se développer, la Chine s’industrialise et consacre en grande partie sa production à l’exportation. Elle s’appuie donc sur les marchés à l’exportation, comme en témoignent de nombreux produits que nous trouvons aujourd’hui sur le marché. De même, la Chine se développe en attirant les capitaux étrangers. Depuis trois ans, elle est ainsi le premier pays de destination des investissements internationaux avec près de 50 milliards de dollars investis chaque année par toutes les grandes entreprises mondiales. La Chine s’appuie donc sur les marchés étrangers, sur les capitaux étrangers et sur les technologies étrangères, ce qui s’inscrit à l’opposé par exemple de la stratégie qu’avait adoptée le Japon. La Chine créé ainsi une relation très forte d’interdépendance avec le reste du monde. Cette interdépendance croissante représente de nombreux aspects positifs, même si l’accent est souvent mis sur les inquiétudes que cela représente. A ce titre, je pense que le développement de la Chine a permis au monde d’échapper durant ces dernières années à une dépression telle que celle que nous avons connue dans les années 1930. Trois événements auraient en effet pu entraîner cette dépression : le krach de l’internet en 2000 ; les attentats du 11septembre ; les nombreux scandales financiers ayant jeté le doute sur l’économie capitaliste. La Chine a permis par son dynamisme d’alimenter la demande mondiale, de maintenir les économies et d’atteindre la plus forte croissance mondiale en 2004. Si le moteur économique chinois venait aujourd’hui à ralentir, toute l’économie mondiale en pâtirait. Plusieurs anomalies ont été relevées dans les statistiques fournies par les autorités chinoises. Les indicateurs de croissance sont-ils réellement fiables, ou servent-ils simplement d’armes politiques à un régime totalitaire ?Erik IZRAELEWICZLorsque j’ai fait part à mon éditeur voilà trois ou quatre ans du projet d’un livre sur les effets de l’économie chinoise, il m’a invité à chercher un autre sujet en raison du caractère peu fiable des chiffres fournis par la Chine. Je lui avais alors répondu que tous les chiffres chinois étaient faux. Je pense réellement qu’ils le sont, et ceci pour plusieurs raisons. En effet, comment un pays qui représente 25 fois la France, qui est 10 fois plus pauvre que la France et qui se caractérise par une opacité totale en raison du communisme, pourrait-il disposer d’un appareil statistique sérieux ? Telle n’est pas la priorité d’un pays pauvre, et il est donc légitime de douter de la fiabilité des indicateurs de ce pays. Néanmoins, comme je l’indiquais, la Chine a décidé de s’insérer dans l’économie mondiale. Ainsi, je pense que nous pouvons appréhender la réalité de l’économie chinoise dans nos propres chiffres, notamment dans le marché mondial du pétrole. Ce marché, qui est totalement transparent, laisse distinctement apparaître la consommation chinoise. Il est de même très simple de déterminer les ventes chinoises de certains produits à l’international. Ainsi, même si le système statistique n’est pas fiable, nous pouvons tout de même penser qu’il existe une certaine réalité dans les chiffres qui nous sont annoncés. Le développement se constate même de manière incontestable sur le terrain. La croissance annoncée de 8 à 9 % par an correspond selon moi approximativement à ce qui s’est produit. L’Expansion faisait sa Une dans son numéro d’avril sur « Chine ; menace sur le miracle économique ». Dans votre essai, vous indiquez que le décollage économique de la Chine est solide et durable. Néanmoins, nous ne pouvons pas sous-estimer les formidables tensions internes engendrées par le développement chinois. Quel est aujourd’hui selon vous le plus grand risque ?Erik IZRAELEWICZL’une des raisons de la rédaction de cet essai est que je suis frappé de constater qu’en France, il est question des ratés du miracle chinois avant même d’avoir traité du miracle chinois lui-même. Or je pense qu’il est nécessaire de considérer cet événement inédit qu’est cette dynamique de croissance. Néanmoins, il est vrai que l’on peut s’interroger sur les risques pesant sur cette croissance très rapide. Ces risques existent. Nous pouvons tout d’abord citer le risque social. Dans le cadre de la révolution industrielle qu’ont connu les générations précédentes, les transformations étaient assez douloureuses puisqu’elles mettaient en jeu pour les personnes d’importants changements de vie et de rythme de travail. Puisqu’en Chine le rythme d’évolution est près de trois fois supérieur, la violence de la transformation en est accrue. De même, nous constatons aujourd’hui en Chine des inégalités telles que nous n’en avions jamais connues auparavant. La Chine comprend de très grandes fortunes, mais également 400 millions de personnes qui vivent avec moins d’un dollar par jour. Ceci engendre des tensions sociales très importantes qui commencent à paraître dans la presse occidentale. Grèves et révoltes sont donc à redouter. Par ailleurs, le système financier chinois est artificiel. Les organismes bancaires sont par exemple utilisés par l’Etat central comme trésorerie, ce qui représente bien évidemment un risque financier important. De même, le développement de la Chine présente un risque écologique considérable, en raison des déséquilibres naturels qu’engendrent les multiples constructions. De plus, parmi les 20 villes les plus polluées au monde, 16 se trouvent en Chine. Le quatrième risque est le risque politique. Est-il possible de conserver longtemps le développement et l’ouverture d’une économique avec le maintien d’une dictature politique ? Nous assisterons donc à des bulles immobilières, des crises financières et des mouvements sociaux. Néanmoins, je pense que la dynamique est telle que la croissance se poursuivra. Récemment, pour le Figaro, vous avez croisé, avec l’ancien Président de la République Valery Giscard d’Estaing, vos regards sur le dynamisme retrouvé de la Chine. S’agissant de l’alliance d’un hyper-capitalisme et d’une relative indifférence aux droits de l’homme, vous dites que la Chine semble pratiquer avec un éclatant succès la dissociation entre le marché et la démocratie. Vous ajoutez qu’à terme, ce modèle est intenable. La question est alors de savoir jusqu’à quand ce modèle sera tenable. Quels seront les points de rupture ?Erik IZRAELEWICZCeci correspond au dernier risque que j’évoquais, puisqu’il s’agit bien d’une dictature. En outre, dans l’histoire, nous constatons que tous les pays qui se sont libéralisés et développés se sont tôt ou tard démocratisés. Depuis 25 ans en Chine, l’ouverture, la libéralisation et le développement ont eu lieu. Néanmoins, à ce jour, les signes de démocratisation sont pratiquement inexistants, même si certains signes peuvent être trouvés, par exemple en littérature. Quant au caractère durable de ce système, il y a là un vrai sujet d’interrogation. Au niveau monétaire, on se souvient qu’en 1997 – 1998, la Communauté Internationale demandait à la Chine de ne surtout pas dévaluer sa monnaie. Aujourd’hui, les pressions, notamment américaines, sont grandes pour encourager la Chine à réévaluer sa monnaie. Néanmoins, les avis des experts sont partagés sur la prochaine disparition du lien entre le dollar et la monnaie chinoise. Croyez-vous en une mutation rapide du système de change chinois ?Erik IZRAELEWICZLa question monétaire nous offre un exemple de l’autonomie et de la responsabilité des chinois. Ces derniers considèrent qu’il leur revient de décider de la valeur de leur monnaie. Ils sont très fermes sur ce point et refusent de céder aux pressions étrangères, notamment à la pression américaine. Je pense qu’il y aura un changement du système de change, mais il sera très progressif, et ce seront les chinois qui en fixeront le rythme. En outre, de mon point de vue, les principales victimes de cette duplicité sino-américaine sont les pays européens. Pendant que la monnaie américaine et la monnaie chinoise sont faibles, l’euro est fort, ce qui nous porte préjudice en termes de compétitivité. Vous évoquiez précédemment les risques sociaux potentiels. La révolution industrielle chinoise a produit des inégalités sociales criantes. L’émergence d’une Chine à deux vitesses ne risque-t-elle pas à terme de compromettre la croissance ?Erik IZRAELEWICZLe problème est plus complexe, puisqu’il faudrait parler d’une Chine à trois, quatre ou cinq vitesses… Ces inégalités dans tous les domaines constituent bien évidemment une source d’inégalité. Néanmoins, je pense que les dirigeants chinois ont pleinement conscience de ce risque et se préoccupent de trouver des solutions. Toujours dans le regard croisé avec Valery Giscard d’Estaing sur la Chine, à la question de savoir si paradoxalement, la menace de la concurrence chinoise pourrait permettre de réparer la fracture transatlantique, vous ne sembliez pas croire au travail commun entre européens et américains que Valery Giscard D’Estaing rappelait de ses vœux. Pourriez-vous nous préciser votre précision en la matière ?Erik IZRAELEWICZLe débat qui se tient depuis quelques semaines autour de la levée de l’embargo sur les ventes d’armes à la Chine me donne raison… Dans cette affaire, il est en effet évident que la Chine joue de la division entre l’Europe et les Etats-Unis, comme elle le fait dans tous les domaines. Il s’agit selon moi d’un jeu normal que la Chine saura habilement exploiter. Dans ce contexte, comment voyez-vous évoluer les relations entre l’Europe et les Etats-Unis ?Erik IZRAELEWICZJe pense que la Chine est le meilleur argument en faveur de l’Europe, puisqu’elle démontre que nous nous dirigeons vers un monde composé de grands espaces économiques. Ce sont ces très grands marchés organisés qui vont progressivement fixer les règles du jeu de la concurrence mondiale. Dans ce contexte concurrentiel, si l’Europe ne parvient pas à constituer un marché unifié, elle n’aura pas son mot à dire face aux deux autres grandes puissances que sont la Chine et les Etats-Unis. Les Etats-Unis accusent la Chine de pratiquer le dumping à plusieurs niveaux, social, financier et monétaire. Cette transgression des règles du commerce international ne serait-elle pas pour partie à l’origine de la montée en puissance de l’économie chinoise ?Erik IZRAELEWICZCet argument a toujours été utilisé lorsque de nouveaux pays commençaient à se développer, par exemple avec le Japon ou la Corée du Sud. Cet argument recouvre une part de vérité. Il est vrai que la Chine ne respecte pas à la lettre les règles définies par l’OMC. Le dumping social est ainsi une réalité, au même titre que le dumping financier. Il est donc nécessaire de veiller à ce que la Chine adopte les règles du jeu du commerce mondial, par exemple dans le domaine de la propriété intellectuelle. En outre, au delà de la promulgation de lois, un problème se pose ensuite au niveau de leur application et de leur respect. Je pense que ces règles vont progressivement être adoptées par la Chine, mais cette phase d’adaptation risque d’être très longue. Comme vous l’avez indiqué, les relations entre la Chine et le Japon sont tendues. Le Japon considère la Chine comme une menace militaire potentielle, et 90 % des chinois pensent que leur pays a un ennemi : le Japon. Dans ce contexte, comment envisagez-vous les relations entre ces deux pays qui représentent à eux deux plus de 85 % de du PIB de l’Asie de l’Est ?Erik IZRAELEWICZL’économie chinoise représente un tiers de l’économie japonaise. Ainsi, la grande puissance économique en Asie n’est pas la Chine, mais bien le Japon. De même, en termes d’innovations technologiques, le Japon a encore une énorme avance sur la Chine. De plus, en termes de dynamique, il est vrai que la Chine est passée en 25 ans du PIB mondial à 5 %. Le Japon, en revanche, stagne autour de 15 %. En outre, l’histoire entre ces deux pays est très douloureuse et continue à avoir des effets très profonds, notamment au niveau de la population chinoise. Le comportement des deux pays au regard de leur histoire est de surcroît alimenté de part et d’autre par le nationalisme. Les tensions actuelles sont le résultat de cette situation. La Chine a par ailleurs de plus en plus l’intention d’être l’architecte de l’intégration asiatique, ce qui est mal accepté par le Japon. Néanmoins, face à cette persistance des tensions politiques, il existe une forte interdépendance entre l’économie japonaise et l’économie chinoise est spectaculaire. Intéressons-nous à présent aux entreprises. A l’heure des délocalisations en France, le transfert de productions vers l’Asie est plus qu’une réalité. Plusieurs entreprises françaises ont choisi de délocaliser leurs activités en Chine. Comment voyez-vous évoluer à terme ce mouvement de transfert de production ?Erik IZRAELEWICZJe pense que nous n’en sommes qu’à nos débuts. Les délocalisations sont aujourd’hui nombreuses, mais je pense que l’impact de la Chine ne se limite pas à cela. En effet, je pense que dans tous les secteurs, la Chine va devenir un concurrent redoutable. Il nous faut donc nous adapter à cette nouvelle donne, et prendre en compte que 1,3 milliard de salariés sont prêts à travailler pour des salaires 30 fois inférieurs aux nôtres. Parallèlement, ces 1,3 milliard de producteurs vont devenir autant de consommateurs. Il s’agit donc d’opportunités nouvelles qui nécessitent peut-être des adaptations. Nous devons chercher à satisfaire cette nouvelle demande et réorganiser notre appareil de production en fonction de celle-ci, en parvenant à valoriser nos atouts. Les JO de 2008 à Pékin seront l’occasion de mieux faire connaître les fleurons de l’économie chinoise. Les nombreux rachats que nous constatons aujourd’hui ne sont-ils pas les prémisses d’une vague de rachats d’entreprises occidentales par les multinationales chinoises ?Erik IZRAELEWICZTout à fait. Je suis convaincu que dans une dizaine d’années, nous connaîtrons des grands groupes chinois comme nous connaissons aujourd’hui Toyota ou Samsung. La Chine a une stratégie déterminée dans ce domaine, et les achats de réseaux, de technologies, de marchés et d’entreprises risquent de se multiplier. Cette situation posera des problèmes politiques et sociaux, mais il convient d’être réaliste. La Chine a les moyens d’opérer ces rachats, mais il faut souligner qu’elle représente parallèlement un marché de développement extraordinaire pour les entreprises occidentales. Quels sont selon vous les risques et les opportunités de l’explosion chinoise pour des PME innovantes et performantes du tissu économique régional ? Quels conseils pourriez-vous donner aux PME ?Erik IZRAELEWICZJe ne suis pas compétent pour donner de tels conseils. Je constate cependant que la France est très en retard sur le marché chinois, ce qui n’est pas le cas par exemple pour les entreprises allemandes ou italiennes. Néanmoins, il faut reconnaître que les grandes entreprises françaises sont très présentes en Chine. Le Groupe Carrefour ouvre par exemple un hypermarché par mois en Chine. Pour les PME en revanche, le retard de la France est très important, notamment en comparaison des entreprises allemandes. Le Gouvernement essaie de favoriser actuellement la présence des PME en Chine. Ceci représente néanmoins de nombreuses difficultés. Le marché chinois est en effet gigantesque, lointain et compliqué. S’orienter vers ce marché représente donc un risque élevé, mais les expériences réussies pour les PME sont tout de même nombreuses, sous réserve de respecter certaines conditions : adaptation culturelle ; choix d’un intermédiaire local efficace ; etc. Avant la disparition le 1er janvier 2005 du système des quotas en vigueur dans le commerce international du textile depuis 30 ans, le président de l’union des industries textiles disait se préparer depuis 10 ans à cette échéance et penser que cela ne se traduirait pas par un bouleversement fondamental. Pourtant, 3 mois et demi après, en France et aux Etats-Unis, on s’interroge sur le raz-de-marée du « made in China » qui était redouté par beaucoup. Selon vous que peuvent faire l’Europe et les Etats-Unis face à la déferlante chinoise, et faut-il en avoir peur ?Erik IZRAELEWICZCe que nous constatons aujourd’hui concernant le textile est un avertissement pour le futur. Nous assisterons aux mêmes évolutions dans d’autres secteurs. De plus, s’agissant du textile, les industriels du textile et de l’habillement ont été avertis depuis longtemps, la suppression des quotas ayant été décidée voilà dix ans dans le cadre de l’accord de Marrakech qui a donné naissance à l’OMC. Certes, la Chine n’a rejoint l’OMC qu’en 2001 et a bénéficié de cette clause de manière assez exceptionnelle. Néanmoins, depuis dix ans, nous avons assisté à un événement assez banal, c'est-à-dire la poursuite de la délocalisation des industries du textile et de l’habillement. Cette délocalisation n’est pas nouvelle. Le capitalisme lui-même est depuis deux siècles un mouvement perpétuel de délocalisation et de « destruction créatrice », pour reprendre les termes d’un économiste autrichien. Ainsi, durant ces derniers siècles, des activités ont décliné, et d’autres sont apparues. Or le problème que nous avons aujourd’hui est de savoir si le rythme de la création sera assez rapide pour remplacer les destructions d’activités et d’emplois engendrées par les transferts vers la Chine, mais également vers l’Inde. Cette situation démontre la nécessité dans nos pays de développer la formation, la recherche, l’innovation et les nouvelles technologies. Cela sera-t-il suffisant ? Je pense que nous nous trouvons dans une phase d’adaptation qui sera longue et difficile… Quelles sont selon vous, au sein de ce nouvel échiquier mondial, nos meilleures raisons d’espérer, pour nous Français et pour nous Européens ?Erik IZRAELEWICZJe pense qu’il faut absolument nous réjouir de cette montée en puissance de l’économie chinoise, qui permet à 1,3 milliard de personnes de sortir de la misère. La vraie menace qui pèse sur la France et sur l’Europe est davantage la misère africaine que le développement économique chinois. En outre, la Chine est une opportunité extraordinaire pour de nouvelles activités et de nouveaux marchés. Il faut absolument chercher à en tirer profit. La France et l’Europe disposent de nombreux atouts pour le faire et pour s’adapter à cette nouvelle donne mondiale. Par exemple, comment ne pas considérer que le développement du tourisme chinois représente une formidable opportunité pour notre industrie touristique ? Je pense qu’il est ainsi nécessaire de tomber dans le piège du « péril jaune ». Il n’y a pas de péril jaune. Si le développement de la Chine correspond à une menace sous certains aspects, il représente avant tout une extraordinaire opportunité. Livre d'or
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