Forumevents - Accueil
Association Programme Synthèse des débats Partenaires Plan du site
Les débats contemporains
version HTML
 
Accueil
L'événement à l'affiche
Les débats forumevents
Les invités de forumevents
L'association forumevents
S'abonner



Ecole de commerce
AccueilL'invité du professeurAnthony HANSON
Imprimer Agrandir la taille du texte Taille normale du texte Diminuer la taille du texte

Synthèse des débats

Anthony HANSON
© Bordeaux Ecole de Management
Bordeaux : Qui fixe le prix du vin ?
par Anthony HANSON

Acheteur et consultant, président de l'Institute of Masters of Wine
Mercredi 24 Mars 1999

 



Les traders confrontés aux allocations de la Place
Les structures d’achat traditionnelles peuvent-elles subsister ?

Anthony HANSON
Pourquoi la place de Londres conserve-t-elle une vocation internationale dans le commerce du vin, en particulier le vin de Bordeaux ? Tout d’abord, la langue anglaise est la langue commerciale pour beaucoup d’acheteurs de vin. En outre, l’acheteur trouve à Londres une expertise considérable et aussi objective que possible, dans la mesure où il ne s’agit pas d’une région viticole. Enfin, on trouve à Londres des stocks considérables de grands vins, non seulement français, mais aussi californiens, espagnols, italiens, australiens, etc. A contrario, acheter à Bordeaux est souvent perçu comme un cauchemar par un acheteur asiatique, par exemple, dans la mesure où l’on n’y vend guère que le millésime de l’année. Enfin, il ne faut pas oublier que Bordeaux, comme le reste de l’Aquitaine, a longtemps fait partie du royaume d’Angleterre…

On trouve à Londres plusieurs sortes de traders : des maisons, qui s’adressent plus particulièrement aux consommateurs britanniques, mais aussi des maisons qui commercialisent des vins dans tous les pays du monde.

A Bordeaux, l’on dit que les structures traditionnelles de courtiers négociants sont menacées. En Champagne ou en Bourgogne, les courtiers n’ont pas disparu mais ont déjà perdu beaucoup de leur importance. A Bordeaux, le recours à un courtier est une tradition : cela facilite l’accès aux stocks et facilite la fixation des prix. Les courtiers servent à éclater les lots entre les nombreuses maisons de négoce et aident la Place à fonctionner efficacement.

Les grands châteaux eux-mêmes ont besoin des négociants, même en temps de ventes faciles. Bien sûr, il faut distinguer une petite propriété du Libournais qui produit chaque année 1 500 caisses et une grande propriété du Médoc où la production atteint 40 000 caisses : on comprend facilement que la deuxième ressente le besoin de faire appel à des intermédiaires bien installés pour distribuer de telles quantités. Rappelons en outre que les vrais grands bordeaux ne sont pas des vins primeurs, à boire dès leur mise en bouteille. Ils sont détenus par des négociants, mais aussi par des collectionneurs, des amateurs de grands vins, des restaurateurs…

En ce printemps 1999, quelles sont les opportunités pour l’acheteur de vins de Bordeaux ? Tout d’abord, ce sont plutôt les vendeurs qui sont confrontés à des difficultés, du fait de la baisse des prix des vins. Les derniers millésimes ont vu les prix augmenter très fortement et les clients traditionnels ont vu leur allocation fortement réduite. Dès lors, les producteurs doivent se demander quels clients ils cherchent à satisfaire en priorité. Par leur politique de prix élevée lors de la campagne 1997, millésime pourtant moins prometteur que le 1996, ils ont sans doute découragé beaucoup de clients traditionnels. S’ils souhaitent les voir revenir, une baisse de 25 % à 40 % sera sans doute nécessaire.

Pourquoi les vins de Bourgogne ont-ils augmenté de 20 % en novembre dernier, alors que les prix des vins de Bordeaux ont plutôt chuté en 1998 ? Il faut tout d’abord prendre en compte le phénomène du transfert de clientèle d’une grande région à l’autre, du fait de la dégradation du rapport qualité/prix des vins de Bordeaux. En outre, il faut compter avec la rareté de certains vins de Bourgogne. De surcroît, si des vins technologiques existent en Bourgogne, les grands Bourgogne ont conservé un attachement à leur terroir qui les rend fascinants. Enfin, la Bourgogne est un lieu de passage, où il est facile de lier conversation avec les viticulteurs, ce qui rend leurs vins plus faciles à comprendre que les vins de Bordeaux.

Plus généralement, les fluctuations des prix ne constituent pas ma principale préoccupation vis-à-vis des vins de Bordeaux. Mon souci est plutôt la dégradation du caractère classique et inimitable de nombreux grands Bordeaux, qui ressemble de plus en plus aux vins du Nouveau Monde, à tel point qu’il devient impossible de les reconnaître dans une dégustation à l’aveugle. Cela me semble dangereux. Les viticulteurs américains n’ont pas encore découvert leurs meilleurs terroirs, dans la mesure où leurs vignes ne sont plantées que depuis quelques années. A Bordeaux et en Bourgogne, en revanche, les vignes sont exploitées depuis des centaines d’années. Il est donc d’autant plus navrant de constater que les producteurs des crus les plus prestigieux n’hésitent pas à gommer ce qui fait leur caractère inimitable pour sacrifier à la mode.

A terme, les vins du Nouveau Monde peuvent-ils concurrencer les Bordeaux sur le marché international ?

Anthony HANSON
Très peu de vins étrangers sont à la hauteur des vôtres. Mais les technologies modernes et l’ambition des viticulteurs vont faire progresser la qualité de ces vins. Il est donc important de conserver la diversité des grands vins de Bordeaux et de mieux comprendre ce qui fait la spécificité des meilleurs terroirs.

Vous êtes à Bordeaux depuis deux jours pour goûter le millésime 1998. Qu’en pensez-vous ?

Anthony HANSON
J’ai goûté cette année de très bons vins et nous allons certainement en acheter.

Selon vous, qui fixe le prix du vin à Bordeaux ?

Anthony HANSON
C’est variable selon les années. L’an dernier, ce sont les propriétaires qui ont fixé les prix. Mais c’est l’offre et la demande qui font le prix d’un vin. De ce point de vue, un journaliste aussi influent que Robert Parker est sans doute l’une des personnes qui ont le plus d’influence sur les prix des vins. Lorsqu’il parle en termes élogieux d’un vin dont le prix n’est pas encore fixé, cela ôte beaucoup d’arguments aux acheteurs, et cela n’est pas, finalement, dans l’intérêt du consommateur. J’espère qu’à l’avenir, nous pourrons faire en sorte que les commentateurs réservent leurs commentaires jusqu’à ce que les prix soient fixés.



Livre d'or
Merci infiniment de cette invitation - C'était une soirée passionante.

Anthony Hanson

Le 24 mars 1999



Imprimer Agrandir la taille du texte Taille normale du texte Diminuer la taille du texte
Haut de page L'Association L’invité du professeur L'entracte du président L’amphi du partenaire Les débats contemporains
© 1997 - 2008 BEM - Bordeaux Management School    Contact   Mentions légales
Site enregistré à la CNIL sous le n° 1082816 - Réalisation On Interactive

Chambre de Commerce et d'Industrie de Bordeaux