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Synthèse des débats

Louis SCHWEITZER
©HALDE
Valeurs et société : renouer les liens dans la diversité
par Louis SCHWEITZER

Président de la haute autorité de lutte contre les discriminations et pour l’égalité (la HALDE), Président du Conseil d’administration de Renault
Mardi 27 Mars 2007

 



par Louis Schweitzer

Louis SCHWEITZER
Monsieur Schweitzer, quelle est votre définition de la HALDE ? Quel est votre rôle en tant que Président ?

Louis SCHWEITZER
La HALDE est un organisme public indépendant, animé par un collège de onze membres, lesquels ne peuvent être ni renouvelés ni renvoyés. Son rôle est de lutter contre les discriminations et de promouvoir l’égalité des droits et des chances.
Une discrimination désigne une différence de traitement dans les domaines de l’emploi, du logement ou des services publics pour un motif interdit par la loi : origine, âge, sexe, opinions politiques etc. Dans ce cadre, le Président de la HALDE préside le collège et dirige les services qui sont composés d’environ 70 experts.

Les personnes victimes de discriminations peuvent se tourner vers des avocats ou les conseils prud’homaux. Quels sont les pouvoirs qui justifient votre mission ?

Louis SCHWEITZER
Le recours à un avocat constitue une démarche relativement lourde et complexe. Pour saisir la HALDE, il suffit d’envoyer un courrier. En pratique, nous instruisons le dossier, puis nous prenons une décision. Lorsque la discrimination est avérée, nous menons une action de médiation ou nous transmettons le dossier à la justice. Notre objectif est d’aider concrètement la personne qui nous a saisis. La première année, nous avons reçu 1 400 réclamations et la deuxième année, 4 000.

Quelles sont les actions significatives que la HALDE a menées au cours de ces trois dernières années ? Quelles sont celles dont vous êtes le plus fier ?

Louis SCHWEITZER
Elles sont nombreuses. Nous essayons de tirer des recommandations générales. Par exemple, nous avons corrigé la situation d’un enfant handicapé qui s’était vu refuser l’accès à une école. A cette occasion, nous avons constaté que l’obligation de scolarisation des enfants handicapés était peu respectée par le ministère de l’Education nationale. Nous avons obtenu de ce dernier qu’il donne des instructions pour respecter cette obligation.

La HALDE a également une mission de sensibilisation.

Louis SCHWEITZER
En effet. Dans une campagne de communication récente, nous avons mis en avant deux slogans :
• « Discrimination, je saisis la HALDE » ;
• « L’égalité, ça s’affiche et ça s’applique ».
Notre objectif est de montrer aux personnes discriminées qu’elles n’ont pas à se résigner de leur situation d’injustice. Lorsque nous acceptons l’injustice, nous ne progressons pas. La lutte contre la discrimination relève de la responsabilité de chacun. Notre campagne avait donc deux objectifs :
• asseoir la notoriété de la HALDE ;
• adresser un message aux Français pour inciter les victimes à agir et pour faire de l’égalité une priorité.

Envisagez-vous de mener des actions de prévention et de sensibilisation auprès des étudiants ?

Louis SCHWEITZER
Ces derniers, surtout lorsqu’ils sont issus des grandes écoles, ne sont pas les plus grandes victimes de discriminations. En revanche, un problème se pose dans l’accès aux grandes écoles et dans l’accès à l’emploi pour les étudiants diplômés de l’Université. Il faut donc mener des actions vis-à-vis des étudiants et vis-à-vis des employeurs.

Les hommes politiques parlent de plus en plus de discrimination positive. En 2002, une convention a été conclue entre les ZEP et l’IEP de Paris. Que pensez-vous de cette convention ?

Louis SCHWEITZER
Pour ma part, j’y suis favorable. Pour autant, le terme de discrimination positive, très imprécis, me met quelque peu mal à l’aise. Je préférerais le terme d’action positive. Pour mettre en œuvre une réelle égalité des chances, il faut faire en sorte que tous les étudiants bénéficient des mêmes conditions de préparation aux concours.

Il y a quelques jours, le Bureau international du travail a publié les résultats d’une enquête sur les discriminations à l’embauche. Il apparaît que 80 % des employeurs favorisent les candidats blancs. Disposez-vous de données complémentaires ?

Louis SCHWEITZER
Oui. Je rappelle que le testing vise à mesurer la discrimination dans les conditions d’une expérience scientifique. Dans ce cadre, nous avons constaté qu’un candidat noir avait quatre fois moins d’offres d’emploi qu’un candidat blanc. Les discriminations sont évidentes. A la HALDE, nous avons décidé de réaliser des tests de recrutement parmi les entreprises du CAC 40 et d’en publier les résultats. Nous en avons réalisé trois en 2006, et nous n’avons constaté aucune discrimination. Sans doute la peur du gendarme a-t-elle joué un rôle. Désormais, d’ailleurs, de nombreuses entreprises s’autotestent.

Ces entreprises savent-elles que vous les « auditez » ?

Louis SCHWEITZER
Non. Nous avons fait savoir aux grandes entreprises que nous réaliserions, en 2007, une vingtaine de tests.

En d’autres termes, les lois contre les discriminations font moins peur que le pouvoir de la HALDE.

Louis SCHWEITZER
Aucune loi, dès lors qu’elle n’est pas assortie de mesures pédagogiques ou de sanctions, ne peut être appliquée. En France, nous avons tendance à considérer qu’une fois que la loi est votée, le problème est résolu, ce qui est une erreur.

Pensez-vous que la discrimination est due à des facteurs culturels et sociologiques ?

Louis SCHWEITZER
Dans les entreprises, la discrimination s’opère à trois niveaux.
• le racisme ou le sexisme ouvert
Ce niveau est le plus rare.
• le préjugé
Certains employeurs considèrent, par exemple, que les personnes de plus de quarante ans manquent de dynamisme.
• la force des habitudes
Ce niveau est le plus insidieux. Par exemple, certains employeurs, pour recruter leurs collaborateurs, se tournent systématiquement vers les écoles dont ils sont issus. Nous devons professionnaliser les systèmes de recrutement, comme l’ont compris les Américains et les Britanniques.

Comment accompagnez-vous les entreprises ? Quels sont les conseils que vous leur prodiguez ?

Louis SCHWEITZER
Les entreprises sont dans des situations très différentes. Les grandes entreprises disposent de véritables professionnels des ressources humaines. Nous avons donc publié des guides de bonnes pratiques à leur intention. Nous avons également élaboré un module d’apprentissage par Internet. Pour les petites et moyennes entreprises, nous sommes en train de préparer un guide simplifié avec la CGPME et les CCI.

Vous avez été le PDG de Renault pendant treize ans. Pensez-vous que, de ce fait, vous donnez un poids supplémentaire à la crédibilité de la HALDE ?

Louis SCHWEITZER
Sans doute le Président de la République m’a-t-il choisi en raison de ma notoriété d’entrepreneur.

Lorsque vous dirigiez Renault, avez-vous eu à traiter des cas de discrimination ?

Louis SCHWEITZER
Dans une entreprise de 130 000 personnes, les cas de discrimination sont nécessairement nombreux. Certains d’entre eux avaient un caractère systémique. Par exemple, l’industrie automobile a longtemps été considérée comme un métier d’hommes. Par conséquent, les femmes y étaient cantonnées dans certains métiers : ressources humaines, finances, communication etc. Je me suis employé à corriger cette situation absurde. In fine, le système est pris dans une sorte de cercle vicieux qui englobe l’emploi, l’éducation et le logement.

Comment, à travers l’expérience que vous avez menée chez Renault, agissez-vous auprès des entreprises ?

Louis SCHWEITZER
Je suis probablement légitime lorsque je dis aux chefs d’entreprises que la discrimination est une erreur. Si je ne connaissais rien au monde de l’entreprise, ils me diraient de me mêler de ce qui me regarde.

Sous votre présidence, Renault a été privatisé. Comment avez-vous géré la transition vers une entreprise privée à l’envergure internationale ?

Louis SCHWEITZER
Renault n’était pas une entreprise publique au sens traditionnel du terme. Par exemple, Renault n’était pas dans une situation de monopole. Nous avons voulu passer un accord avec Volvo. Pour cela, nous devions obtenir la permission de l’Etat. Or celui-ci a mis deux ans pour prendre sa décision. Au sein de l’Entreprise, chacun, jusque que dans les organisations syndicales, a compris que l’Etat ne pouvait plus nous aider.

En qualité de PDG, quelle a été votre expérience la plus marquante ?

Louis SCHWEITZER
La fermeture de l’usine de Vilvorde a constitué un véritable traumatisme. Rien n’est plus affreux qu’une usine qui ferme, tant pour les salariés que pour le PDG qui a pris la décision. J’ai connu toutefois de nombreux moments de bonheur comme la naissance des nouveaux modèles et la fusion entre Renault et Nissan.

Avec l’arrivée de Monsieur Ghosn, Renault est passé d’un management participatif à un management plus autoritaire. Selon vous, quels sont les ingrédients d’un changement de leadership réussi ?

Louis SCHWEITZER
Votre commentaire représente une simplification abusive. Malgré mon air gentil, je peux être autoritaire. Monsieur Ghosn a à la fois une grande capacité d’écoute et un grand sens de la réalité. Pour ma part, je me méfie des managers qui perdent le contact avec le réel. Pour se développer, une entreprise doit bénéficier d’une réelle continuité stratégique et de changements dans le style de management.

Ces changements n’ont-ils pas créé de traumatismes au sein de Renault ?

Louis SCHWEITZER
Sans doute certains ont-ils dû remettre en cause leurs habitudes. Pour ma part, je considère que les habitudes font courir de grands risques à une entreprise.

Dans le cadre du développement durable, il est étonnant que Renault ne propose pas de véhicule à moteur hybride. Comment expliquez-vous ce retard ?

Louis SCHWEITZER
Vous m’agacez… Il ne s’agit pas d’un retard mais d’un choix. Il faut prendre en compte les conditions d’usage et leur incidence sur la consommation. Le moteur hybride n’est adapté que dans les pays où le diesel est soit interdit, comme au Japon, soit très peu répandu, comme aux Etats-Unis. Face au réchauffement climatique, l’industrie automobile ne dispose pas de solution-miracle.

La Logan, qui est un véhicule très novateur, est destiné aux marchés des pays émergents. Pourquoi son lancement a-t-il été si réussi ?

Louis SCHWEITZER
Je suis très fier de la Logan. Il s’agit d’un véhicule très rationnel qui permet de remplir toutes les fonctions d’une automobile, tout en contenant trois fois moins de pièces.

Cette année, a eu lieu, au Maroc, le rallye humanitaire 4L Trophy qui vise à scolariser des enfants marocains. Que pensez-vous de cette aventure ?

Louis SCHWEITZER
Je me félicite que des jeunes gens ouvrent leur esprit en conduisant cette voiture sympathique. Pour autant, je doute que la 4L soit le moyen de transport le plus efficace pour se rendre au Maroc…

Quels conseils donneriez-vous aux étudiants des écoles de commerce pour connaître un parcours aussi réussi que le vôtre ?

Louis SCHWEITZER
Il faut certes avoir un peu de chance, mais il faut surtout faire ce que l’on aime et beaucoup travailler.

Avant de conclure, je vous propose de vous soumettre au questionnaire de Proust, revu et corrigé par Forum Events.
Quel est votre principal trait de caractère ?

Louis SCHWEITZER
La persévérance.

Quelle est la qualité que vous préférez chez une femme ?

Louis SCHWEITZER
La même que chez un homme : la générosité.

Quel est votre principal défaut ?

Louis SCHWEITZER
Je suis très autoritaire.

Quelle est votre principale qualité ?

Louis SCHWEITZER
Peut-être ai-je un peu d’autorité.

Quelle est la faute qui vous inspire le plus d’indulgence ?

Louis SCHWEITZER
Toute faute commise par sincérité.

Quel est le bonheur parfait selon vous ?

Louis SCHWEITZER
Lire un livre en compagnie de ma femme, sur une plage.

Que possédez-vous de plus cher ?

Louis SCHWEITZER
Mes enfants.

Qu’avez-vous réussi de mieux dans votre vie ?

Louis SCHWEITZER
J’ai été heureux tout au long de ma vie.

Quelle est la rencontre qui vous a le plus marqué ?

Louis SCHWEITZER
Sans doute ma rencontre avec Georges Besse.

Quelle est la figure historique à laquelle vous auriez aimé ressembler ?

Louis SCHWEITZER
Louis XI.

Quels sont vos héros dans la vie d’aujourd’hui ?

Louis SCHWEITZER
Nelson Mandela.

Quel est votre livre de chevet ?

Louis SCHWEITZER
Je n’en ai pas. Mon livre préféré est A la Recherche du Temps perdu, que j’ai lu deux fois.

Quel est votre plus grand regret ?

Louis SCHWEITZER
J’aurais aimé chanter juste.

Quelle est votre plus grande peur ?

Louis SCHWEITZER
Tout ce qui peut arriver à mes enfants.

Quel est votre mot préféré ?

Louis SCHWEITZER
Amour.

Si vous deviez définir en un seul terme le sens du pouvoir aujourd’hui, quel serait-il ?

Louis SCHWEITZER
La liberté d’agir.

Quelle est la réforme que vous estimez le plus ?

Louis SCHWEITZER
La sécurité sociale.

Si vous rencontriez Louis Schweitzer enfant, que lui diriez-vous ?

Louis SCHWEITZER
« Tu n’as pas mal de chance ».

Quelle est votre devise ?

Louis SCHWEITZER
« Mener à bien ».



Livre d'or
Les étudiants de Bordeaux Ecole de Management et leurs amis sont des interlocuteurs ouverts, sympatiques et intelligents.

Je suis sûr de leur réussite.
Louis Schweitzer



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