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Synthèse des débats

François PERIGOT
© Bordeaux Ecole de Management
Entreprendre sans frontières
par François PERIGOT

Président du MEDEF International
Mercredi 31 Mars 1999

 



Le MEDEF International vu par son président

François PERIGOT
MEDEF International est une association dont l’objectif est d’utiliser la représentativité de l’organisation patronale française pour donner aux entreprises françaises, grandes et petites, un accès direct aux décideurs internationaux, qu’ils soient politiques ou économiques. Son action ne se limite d’ailleurs pas à l’étranger : MEDEF International est devenu un point de passage presque obligé de toutes les personnalités étrangères en visite en France et désireuses de prendre contact avec le monde économique.
MEDEF International sait donc utiliser sa représentativité pour ouvrir toutes les portes à l’étranger. Son action se veut événementielle, parce qu’il lui faut mettre en avant sa valeur ajoutée : c’est la communauté des affaires française qui vient dans un pays donné rencontrer le gouvernement et ses partenaires. Lorsque nous pouvons faire coïncider cette visite avec un grand événement international dans ce pays, nous le faisons, de façon à démultiplier l’efficacité de nos contacts.
MEDEF International peut compter sur un réseau très dense. Nous avons passé des accords avec les organisations patronales de 52 pays dans le monde et nous utilisons les relais fournis par le réseau officiel des postes d’expansion économique et des ambassades de France.
MEDEF International s’incarne enfin dans une équipe. Pour emmener des délégations de 20 à 90 membres dans une trentaine de pays par an, sans compter les actions menées en France, 25 personnes travaillent sans relâche. Nous n’avons pas l’intention de procéder à d’importants recrutements : nous pensons en effet que ce sont les équipes resserrées et constamment sur la brèche qui sont les plus efficaces. Les mauvais, ce sont ceux qui n’ont rien à faire !
Pour établir son programme d’action, MEDEF International se fait aider d’un comité d’hommes d’affaires qui fixe les pays prioritaires. Bien entendu, pas question pour MEDEF International de travailler d'une façon permanente vers les Etats-Unis qui ne possèdent du reste pas de structures patronales similaires aux nôtres. Il s’agit plutôt de pays comme la Turquie, qui devient pour la France un partenaire commercial incontournable.
Nous obtenons ainsi des résultats honorables. La fidélité de nos membres démontre que nous rendons des services aux entreprises qui nous soutiennent. De surcroît, nous contribuons, à notre niveau, à renforcer la notoriété du MEDEF.

A la découverte de l’homme François PERIGOT…
Vous avez dirigé Unilever, présidé le CNPF et l’UNICE (le patronat européen). Vous n’êtes pas énarque. Cela vous a-t-il permis d’apporter une vision moins technocratique des affaires ?

François PERIGOT
D’abord, sachez que tous les énarques ne sont pas des incapables ! L’ENA est une école remarquable et je puis vous assurer que vous ne perdrez pas votre temps en suivant cette formation. Cela étant, elle n’en reste pas moins le symbole, avec quelques autres, d’un certain élitisme français, qui fait que ses anciens élèves ont trop souvent le sentiment d’en savoir plus que les autres, voire de leur être supérieur. Mais pour un manager, il ne sert à rien d’être un puits de science s’il n’a pas le comportement adéquat, c’est-à-dire s’il ne sait pas faire preuve de simplicité, d’écoute des autres, exercer une autorité éclairée et intelligente, sans trop se prendre au sérieux. Il s’agit en réalité d’apprendre à se comporter en groupe. Vous serez plus tard appelés à exercer l’autorité. Souvenez-vous, à ce moment là, des ravages que vous pouvez faire par un comportement inadéquat qui, au delà de la frustration peut entraîner chez les autres une attitude purement négative.

Pourquoi avez-vous quitté la direction d’Unilever pour la présidence du CNPF ?

François PERIGOT
“ Le sens de l’intérêt général ”, pourrais-je vous répondre. Mais je serais plus sincère en vous répondant : “ l’ambition ”. A l’époque, j’ai été très flatté que mes pairs me reconnaissent et m’élisent comme leur porte-parole.

Vous avez également présidé l’UNICE. Quelle est son point de vue sur la convergence européenne, après l’étape de la monnaie unique ?

François PERIGOT
L’UNICE est favorable à une économie libre, avec des acteurs responsabilisés. Elle a donc largement poussé Bruxelles à déréglementer et à limiter le poids des prélèvements sur les entreprises pour préserver leur compétitivité. C’est donc une vision largement libérale. Il faut bien voir que sur le plan mondial, le soleil de l’Europe ne cesse pas de décliner et qu’elle n’a plus vraiment les moyens de financer les systèmes de protection sociale que l’avance qu’elle comptait il y encore 20 ans lui permettait de se payer.
Le vrai problème de l’Europe est d’ordre social : Or l’Europe sociale n’a rien d’une sinécure, tant les conceptions sont différentes d’un pays à l’autre. Il faut organiser une Europe sociale qui permette à chaque pays d’évoluer à son propre rythme, en mettant l’accent sur la nécessité de maintenir un dialogue social. Nous avons ainsi pu signer avec les syndicats européens des accords cadres sur le congé parental, le travail temporaire etc... L’Europe sociale est donc une réalité, même si elle a beaucoup de mal à se trouver. Il serait en tous les cas illusoire de vouloir appliquer à tous les pays d’Europe le statut du plus privilégié des pays européens.

Face à la mondialisation et à la globalisation des échanges, quels sont les atouts et les faiblesses des entreprises françaises ?

François PERIGOT
Les entreprises françaises sont meilleures que la plupart de leurs concurrents internationaux dans leurs métiers : BTP, traitement de l’eau, filières environnement, etc. Mais ce n’est pas vrai de toutes les activités : la France a ses spécialités. Pour le reste, nous n’avons pas d’atout collectif majeur, comme la réputation de solidité des Allemands et d’inventivité des Italiens.

Comment le MEDEF International peut-il aider les PME et PMI ?

François PERIGOT
Il leur suffit de s’inscrire au MEDEF International, moyennant quoi elles pourront nous accompagner chaque fois que nous organiserons un voyage à l’étranger. Nous nous chargeons de leur ménager des rendez-vous avec les interlocuteurs qui les intéressent, les faisons bénéficier de toutes les informations dont nous disposons sur le pays. Enfin, c’est l’occasion pour elles de côtoyer les plus grandes entreprises pendant quelques jours.

En tant que président du CNPF, de quelle réalisation êtes-vous le plus fier ?

François PERIGOT
C’est sans doute d’avoir conservé l’unité patronale, même dans des périodes de crise ou d’alternance. Certains diraient que "Perigot incarnait surtout le consensus mou…" Et pourtant, je rappellerai que lors des négociations de l’Uruguay Round, malgré les réticences de branches comme le textile ou l’automobile, j’ai réussi à faire approuver sans réserve la signature des accords de l’Uruguay Round par le CNPF.
Par ailleurs, je ne suis pas très certain, même aujourd’hui, qu’une organisation patronale ait vocation à négocier avec des syndicats au plan national (par exemple, le fait de négocier les 35 heures au plan national n’aurait aucun sens). Il fallait pourtant maintenir le contact avec les syndicats d'une manière confiante et positive. L’une de mes plus grandes fiertés est sans doute d’avoir su, à certaines occasions, travailler avec les syndicats, par exemple lorsqu’il a fallu sauver le régime de l’assurance chômage…
Quant à ma plus grande fierté personnelle, c’est d’avoir gagné des courses en bateau.

Quels sont aujourd’hui vos projets ?

François PERIGOT
A 73 ans, je ne peux décemment pas annoncer de projets très ambitieux. Très modestement, je souhaite donc simplement continuer à soutenir l’activité de MEDEF International dans les années à venir, avant de passer le flambeau à quelqu’un de plus jeune.

Conférence de presse factice.
Que pensez-vous de la parité hommes/femmes et des inégalités salariales entre hommes et femmes dans l’entreprise ?

François PERIGOT
De ce point de vue, force est de reconnaître que la France n’est pas très performante, même si, en tant que Corse, je connais le poids des traditions… Tôt ou tard, les femmes prendront leur revanche : elles raflent aujourd’hui près de 60 % des diplômes de l’enseignement supérieur. Nous ne pourrons donc pas continuer très longtemps à donner aux femmes des rémunérations moins importantes ou à leur barrer l’accès aux plus hautes responsabilités. Les femmes ont en outre des qualités de persévérance, de ténacité ou de minutie qui font merveille dans les affaires ou dans l’exercice de l’autorité. Je ne suis en revanche pas très favorable à la parité. Il faut quand même garder les hommes. Ils ont en effet une grande qualité : ils sont tous un peu fous, et cela leur fait faire des choses insensées : monter en ballon, conduire des voitures de course… Alors Mesdames, je vous en conjure : lorsque vous dirigerez les entreprises, n’oubliez pas d’embaucher quelques hommes !

Quelles mesures fiscales pourraient améliorer la compétitivité des entreprises et favoriser l’emploi en France ?

François PERIGOT
Il ne faut pas commencer par là. Dans une société de vieux et de malades, il faut commencer par faire en sorte que les risques soient couverts par l’épargne, et non pas par les jeunes générations. Avec la structure démographique de la France, nous ne pouvons plus faire payer les jeunes pour faire vivre les vieux. Dans la plupart des pays modernes, l’épargne et la capitalisation sont venus relayer la répartition. La génération que je représente a cotisé toute sa vie mais en touche aujourd’hui les dividendes, sous forme de retraites et de prestations de Sécurité sociale. Mais quant à vous, vous ne pourrez plus compter sur les systèmes par répartition pour financer vos vieux jours. Il faut donc encourager l’épargne et la capitalisation, car nous ne pouvons plus continuer à augmenter les impôts et les prélèvements de toute sorte pour financer la protection sociale et la croissance des dépenses de l’Etat. Michel Rocard, lorsqu’il a créé la CSG, m’avait assuré qu’elle ne dépasserait jamais 1,5 %. Elle est aujourd’hui à 7 %, et concerne désormais tous les revenus !

Que pensez-vous des mouvements de fusions et d’acquisitions ?

François PERIGOT
Dans un monde ouvert, une entreprise doit pouvoir jouer dans le monde entier, et donc acquérir une taille mondiale. Nous ne pourrons donc pas éviter la fusion et le regroupement des acteurs, que ce soit dans le monde bancaire ou dans celui de l’automobile. Cela dit, il faut aussi faire en sorte que les salariés n’aient pas trop à en souffrir.

Pensez-vous que l’enseignement supérieur français réponde bien aux enjeux de la mondialisation et de l’internationalisation des échanges ?

François PERIGOT
D’une manière générale, je suis très favorable à l’enseignement professionnel, qui prépare des jeunes à exercer un métier précis, dont les entreprises ont besoin. Je suis récemment intervenu devant un parterre d’étudiants en lettres : certains deviendront des professeurs, mais la plupart auront le plus grand mal à trouver un emploi. J’estime donc que le système éducatif français n’est pas assez utilitariste. Il ne prépare pas assez à des carrières commerciales ou industrielles, et encore moins à des carrières internationales. Si j’ai un conseil à vous donner, c’est de vous doter d’un métier, dans lequel vous serez vraiment compétent et reconnu. Avant de penser à l’exercer à l’international, il faut donc apprendre un métier.
Pour une carrière internationale, il faut tout d’abord maîtriser les langues. J’insiste sur ce point, qui est essentiel. Par ailleurs, à l’international, il faut faire preuve d’adaptabilité : adieu camembert, roquefort et baguette de pain. Enfin, il faut bien savoir que les Français ne sont pas plus intelligents que les autres.

Quelle opinion avez-vous de la formation dispensée dans les écoles de management ?

François PERIGOT
Les écoles françaises sont excellentes du point de vue de la transmission des connaissances techniques. Mais trop peu d’entre elles apprennent aux jeunes à bien se comporter dans un groupe de travail. De surcroît, le système éducatif français rejette trop de jeunes qui n’ont pas les capacités d’abstraction requises pour suivre un enseignement général de haut niveau mais qui feraient en revanche d’excellents techniciens s’ils pouvaient suivre une filière d’enseignement professionnel.

Des questions, Monsieur le Président ?

François PERIGOT
Ma génération a gagné ses lettres de noblesse en faisant l’Europe. Nous avons réconcilié des nations, construit un système économique performant au sein d’un espace de liberté et de démocratie de 300 millions de personnes. Qu’allez-vous en faire ?

J’espère tout d’abord que l’Europe ne sera pas un “ machin ”, comme disait De Gaulle. Par ailleurs, notre plus grand défi sera de faire l’Europe sur le plan humain, au-delà de l’économie et de la technocratie. L’Europe doit faire rêver les gens, leur redonner l’espoir.

François PERIGOT
Vous avez mille fois raison de dire que l’important n’est pas l’Europe fiscale, sociale ou monétaire, mais l’Europe de la fraternité. Faute de quoi tout ce que nous avons bâti depuis 50 ans se défera très vite. Je vous remercie pour cette réponse, qui me permettra de briller dans les salons…

Signature de la charte de parrainage
Deux étudiants se relaient pour donner lecture de la charte de parrainage, document qui formalise les engagements réciproques des étudiants de la promotion ESC 2000 et de leur parrain François Perigot.
M. Francis DAVRAT, Directeur de l'ESC Bordeaux :
Au nom de l’ESC Bordeaux et de tous ses étudiants, je souhaite remercier François Perigot d’avoir accepté d’être le parrain de la promotion 2000. Je pense, Monsieur le Président, que vous pouvez être fier de vos filleuls. La promotion 2000 sera un grand cru, qui va sans doute se bonifier avec les années. Ce sont des garçons et des filles bien dans leur peau, ouverts sur le monde, bien formés et bien préparés à rejoindre les entreprises et à les aider à relever les défis qui les attendent.

François PERIGOT
Ne renversez pas les rôles : c’est à moi de vous remercier pour l’accueil que vous m’avez réservé. Sachez en tous les cas que je reste à votre disposition : n’hésitez pas à me solliciter si vous avez besoin d’un conseil dans la vie. Je tiens en outre à remercier tous ceux qui ont eu l’idée de cette réunion : la coopération entre notre vieille institution et une école aussi vivante que la vôtre ne peut être que fructueuse. Il me reste à vous souhaiter bonne chance. Rappelez-vous que les connaissances importent moins que le comportement, et que les filles valent bien les garçons !



Livre d'or
Merci pour cette magnifique réception et cette réunion fort animée et interessante.
Bravo à tous, dirigeants et élèves de cette belle école, et bonne chance à ceux dont je suis maintenant le parrain.

François Perigot

Le 31 mars 1999



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