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Revue de presse

Pascal BRUCKNER
© Olivier Rollin/Grasset
Pascal BRUCKNER
Ecrivain, philosophe
Jeudi 9 Novembre 2006

 



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L'auteur de « La Tyrannie de la pénitence » n'est pas contre la repentance, mais avec modération. Débat à Bordeaux école de management

Bruckner, pénitent modéré

Pascal Bruckner connaît la musique. Il avait déjà été invité au Forum Events de Bordeaux école de management. En revanche, les étudiants qui devaient le questionner pour ce premier débat du 10em anniversaire de la formule, étaient des « bleus », puisque l'association se renouvelle chaque année. En coulisses, l'auteur de « La tyrannie de la pénitence, essai sur le masochisme occidental » leur a fait croire qu'ils avaient préparé trop de questions. Panique dans l'équipe pour tailler, éliminer, regrouper, faire des thèmes... à quelques minutes du forum. En fait, c'est plutôt l'écrivain qui est un bavard... impénitent. D'ailleurs, il s'est trahi : « Je suis une machine qui part (et parle) toute seule. Il faut plutôt m'arrêter. »

Obscurantisme contre modernité. Il fut pardonné dès l'introduction de Ghita Ouaziz et pour cause : « Séducteur dans l'âme (...) génie du script qui par sa magie, nous transmet sa pensée. » Il aurait pu avoir les chevilles qui enflent, mais il n'a pas raté une marche en descendant l'amphi.
Puis ses mots ont pris le relais de ses pas. La machine à dire était lancée. Olivier de Vivie, Caroline Jammes et Lucie Mourier pouvaient souffler un peu, derrière leur micro. Pascal Bruckner n'a pas fait voeu de silence. Quant à la pénitence, il ne la renie pas. C'est la tyrannie qui le gêne. Du repentir, il faut faire « un bon usage, »donc sans tomber dans le piège d'une « culpabilité obsessionnelle » et à « sens unique ». Il juge la repentance salutaire à condition d'être réciproque : « Que d'autres croyances, d'autres régimes reconnaissent, eux aussi, leurs aberrations. »
L'homme d'idées et de mots invite à ne pas prendre les arguments islamistes au pied de la lettre et à ne pas chercher des raisons objectives à leur virulence. Ce n'est pas la faute de l'Occident : « Ne transformons pas les victimes en bourreaux. » Il n'imagine même pas un choc de civilisations : « Mais un combat de l'obscurantisme contre la modernité. »

« Vieille Europe ». Dans le malaise des banlieues, il voit avant tout « L'abandon délibéré de l'Etat français, pendant des années. Le brassage social n'existe plus, le collège unique est devenu le collège inique, la culture de l'échec, la vraie culture de la banlieue et les gangs se développent. Il ne faut pas ethiniciser les problèmes. » Ni mettre du crime contre l'humanité à toutes les sauces : « J'ai vu des manifestants défendant leur emploi, parler de "génocide de notre profession" ! C'est le confusionnisme, la course au crime majuscule. »
Pour Pascal Bruckner, il est indispensable de reconnaître ses fautes, puis passer à autre chose. Il ne s'étonne pas que la France traîne son passé colonial comme un boulet : « Le travail vis-à-vis du colonialisme n'a pas été fait. Les événements cachés fermentent. »
Après des années de rétention, ça bouge avec Chirac. Trop selon lui : « Tous les ans, on se repend pour quelque chose, c'est une débâcle pénitentielle, l'Etat de repentance. Il faut aussi tourner la page. » Mais ressasser le passé est une manière de ne pas condamner les erreurs du présent. D'où ces gens « qui se cherchent des Hitler de substitution » et ces bataillons « d'anticolonialistes rétrospectifs ».
Selon lui les américanophobes devrait regarder un peu du côté des USA « qui vont de l'avant ». Il est vrai que l'Amérique n'a pas connu le traumatisme de deux guerres mondiales sur son sol et le « suicide collectif » de 39-45 : « La géographie, c'est aussi l'histoire. »
« L'Europe est vieille, fatiguée ». Elle semble rétrécir par rapport aux géants qui émergent. Au lieu de se lamenter, elle ferait mieux de prendre acte et d'agir. L'heure est grave, mais le pire n'est jamais certain.

Willy Dallay

© SUD OUEST - Vendredi 10 Novembre 2006



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