Forumevents - Accueil
Association Programme Synthèse des débats Partenaires Plan du site
Les débats contemporains
version HTML
 
Accueil
L'événement à l'affiche
Les débats forumevents
Les invités de forumevents
L'association forumevents
S'abonner



Ecole de commerce
AccueilLes débats contemporainsElie WIESEL
Imprimer Agrandir la taille du texte Taille normale du texte Diminuer la taille du texte

Revue de presse

Elie WIESEL
© J.J.Adler/Opale
Elie WIESEL
Ecrivain, Prix Nobel de la Paix
Mardi 4 Février 2003

 



Sélectionner l'article de presse :

L'ENTRETIEN : Elie Wiesel, Ecrivain, Prix Nobel de la Paix.
Il faut donner une chance à la paix
Malgré tant d'espoirs déçus, Elie Wiesel veut croire que les armes peuvent encore se taire


"Sud-Ouest" : Roger Cukierman, président du Conseil représentatif des institutions juives de France, a récemment suscité une polémique en affirmant que " l'antisionisme est le nouvel habit de l'antisémitisme ". Qu'en pensez-vous ?

Elie Wiesel. On ne peut pas dire que la France est antisémite. Il y a des antisémites comme il y en a toujours eu, mais je pense que les choses changent. Il y vingt ans, il n'était pas à la mode d'être antisémite. Aujourd'hui des gens peuvent dire ouvertement : nous n'aimons pas les juifs. Mais l'anti-israélisme ou l'antisionisme n'est pas nécessairement antisémite.

S.O : Où situez-vous la limite ?

E.W : On peut critiquer telle ou telle politique d'Israël et ne pas être antisémite. Mais cela dépend tout de même d'une chose. Si une personne qui critique Israël est capable de dire du bien quand cela se justifie, alors je pense que dans ce cas-là, on ne peut pas parler d'antisémitisme. En revanche, si cette personne dit toujours du mal d'Israël, si elle a toujours été l'ennemi de l'Etat d'Israël, comment pourrait-on dire ne pas reconnaître qu'elle est antisémite. Mais attention : dire de quelqu'un qu'il est antisémite est une accusation tellement terrible qu'il ne faut pas la prononcer à la légère.

S.O : Vous dites souvent que Jérusalem est votre ville, préférée. Mais de quel Jérusalem s'agit-il ?

E.W : Israël a un passé et ce passé se nomme Jérusalem. Il y a la vieille ville, le temple, les autres lieux saints. Si je pouvais faire quelque chose, et après avoir signé un accord, bien sûr, je donnerais aux Palestiniens une souveraineté sur leurs lieux saints. Même chose pour les chrétiens. Jérusalem doit être une ville qui réunit sans diviser.

S.O : Pensez-vous que se soit vraiment possible ?

E.W : J'avais une idée. Mais personne n'en a voulu. Au moment où Clinton ouvrait les négociations de Camp David, il devait se tourner vers Arafat et Barak en leur disant : faisant un vœu, pendant vingt ans personne ne prononcera le nom de Jérusalem. Maintenant, vous, M.Arafat, proclamez votre Etat. Et vous, M.Barak, aidez-le. Ensuite au lieu d'aborder la pyramide par le sommet, comme ce qu'in est en train de faire en ce moment, commençons par la base. Tous les mois, les enfants des jardins d'enfants palestiniens rendent visite à leurs copains israéliens et réciproquement. Puis, les élèves des écoles, des collèges, etc. Et tout cela, lentement lentement. Et dans vingt ans les deux communautés seraient mieux équipées pour négocier le problème si délicat et brûlant de Jérusalem.

S.O : Une guerre peut-elle être juste ?

E.W : Dans la bible, il existe des guerres justes. Mais elles sont très, très rares. Une guerre juste ne peut-être qu'une guerre défensive, il faut que l'existence soit en jeu. Israël se trouve tout le temps menacé. J'étais pour Oslo. J'étais pour un Etat palestinien, je le suis toujours. J'étais très proche de Rabin. Je l'ai vu deux semaines avant son assassinat. C'est lui qui m'a convaincu. Il me disait : je me suis battu tout le temps, maintenant il faut donner une chance à la paix.

S.O : Cette chance s'éloigne…

E.W : Beaucoup de ceux qui font partie du camp de la paix en Israël n'y croient plus. Pour moi, c'est terrible. Donner une chance à la paix n'est jamais une erreur, même si c'est dangereux. Les Israéliens ont élu deux fois Sharon. Ils sont arrivés à une conclusion tragique : il ne s'agit pas de problèmes territoriaux mais d'existence. Ce qui veut dire qu' "ils ", de l'autre côté, ne veulent pas de nous. Dans ce cas, la défense devient alors juste.

S.O : Croyez-vous à l'axe du mal ?

E.W : C'est une expression utilisée par le président Bush pour dire qu'il existe trois centres de danger. Mais il y en a d'autres. Cela dit, le mal existe. On peut le définir avec une simplicité déconcertante. Le nazisme était le mal absolu. L'Holocauste était la souffrance absolue. Est-ce qu'il existe un bien absolu ? C'est moi évident. Mais le vrai danger, c'est quand le mal prend le masque du bien. Et au nom de ce bien, il tue, il massacre, c'est ça le mal absolu.

S.O : Dans votre dernier livre, "le Temps des déracinés ", vous écrivez : le but de l'homme, c'est de devenir humain. Qu'est-ce qui l'en empêche ?

E.W : Justement, c'est le côté humain. Au début des années 80, pour un grand colloque qui s'appelait " Le courage d'aider", j'avais réuni, à Washington, des chrétiens qui ont sauvé des juifs et même, parfois, les sauvés et les sauveurs. Je leur demandais pourquoi avez-vous fait cet acte héroïque, pourquoi avez-vous risqué votre vie ? Une femme m'a répondu : j'au vu un enfant courir dans la rue, je ne pouvais pas ne pas ouvrir ma porte. Alors j'ai dit : malheur à cette génération. Il a suffi d'être humain pour devenir un héros. Mais en même temps, comment définir ces assassins qui ont tué ces enfants ? Le soir, ils rentraient chez eux. Ils jouaient avec les leurs, écoutaient de la musique. Le drame, c'est qu'ils étaient humains. Il existe un temps où l'inhumain fait partie de l'humain.


Question subsidiaire

S.O : Vous parlez souvent de François Mauriac. Pourquoi ?

E.W : Je lui dois ma carrière. Il avait accepté de me recevoir. Il parlait tout le temps de Jésus. A la fin de l'interview, j'ai été discourtois : " Maître. Il y a quelques années, j'ai connu des enfants juifs qui ont souffert plus que Jésus et nous n'en parlons pas. " Il a pleuré. Je ne savais pas quoi faire. Nous sommes restés face à face en silence pendant un long moment. " C'est peut être à vous d'en parler ", m'a-t-il dit en me raccompagnant. Je lui ai envoyé mon manuscrit. Il l'a apporté à tous les grands éditeurs de Paris. Ils l'ont refusé. Finalement, il a trouvé Jérôme Lindon, aux éditions de Minuit. Il a écrit la préface. Par la suite, il a beaucoup publié sur moi. A chaque carrefour de ma vie, il était là. Nous sommes restés très proches jusqu'à sa mort.

"Le temps des déracinés", Le Seuil, 297 pages, 20 euros.

Propos recueillis par Pierre Tillinac

© SUD OUEST - Lundi 10 Février 2003



Imprimer Agrandir la taille du texte Taille normale du texte Diminuer la taille du texte
© 1997 - 2008 BEM - Bordeaux Management School    Contact   Mentions légales
Site enregistré à la CNIL sous le n° 1082816 - Réalisation On Interactive

Chambre de Commerce et d'Industrie de Bordeaux