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AccueilSynthèse des débats
L’économie a subi d’importantes transformations à travers le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication et l’émergence de nombreuses start-up. S’il a semblé facile au début de réussir dans la nouvelle économie, l’envolée des valeurs boursières et d’autres événements récents ne témoignent-elles pas davantage d’un “ n’importe quoi point com ” ?Alain FAUJASJe ne suis qu’un observateur qui ne saurait représenter l’ensemble des acteurs de la nouvelle économie. Le conte de fée commence par une personne désargentée avec une idée qui, après avoir monté une modeste activité au sortir de l’école et moyennant un minimum de publicité, se fait racheter et se retrouve milliardaire vers trente ans. Une définition de la nouvelle économie ?Alain FAUJASLes premiers acteurs de la nouvelle économie sont une myriade de sociétés travaillant sur des secteurs de pointe. Les télévisions continuent de vivre des recettes publicitaires et ne méritent pas plus qu’une entreprise comme Boeing, aujourd’hui fortement numérisée, de faire partie des acteurs attitrés. La nouvelle économie est une économie dont la fonction et l’outil sont la diffusion d’un savoir via des ordinateurs en réseau. Il faut aussi ajouter les biotechnologies et la recherche. Il est difficile de dater l’origine de la nouvelle économie mais l’accélération est nette en Europe depuis les années 80 et surtout 90. Pour atteindre cinquante millions d’utilisateurs, la radio a mis trente-huit ans, l’ordinateur seize, la télévision treize et le Web quatre. La nouvelle économie a déclenché, à l’échelle micro-économique, un véritable engouement pour la spéculation sur l’avenir. De fait, jusqu’en mars dernier, des entreprises ont véritablement “ gagné de l’argent en dormant ”. Evidemment, chacun a voulu profiter de cette manne. A l’échelle macro-économique, elle a engendré notamment le paradoxe de Solow : en dessous d’un certain taux de chômage, l’augmentation des salaires ne suffit pas à relancer l’inflation, ce phénomène étant attribué à l’absence de prise en compte de la productivité des ordinateurs dans les statistiques nationales. En 2000, nous avons atteint 6 % de croissance. Ce rythme colossal est dû à la diffusion du phénomène dans l’ensemble des Etats-Unis. L’effondrement de la nouvelle économie ?Alain FAUJASDans les années 80, les Etats-Unis étaient sur le point de sombrer sous les assauts notamment des Japonais. Vingt ans après, la croissance du Japon s’est ralentie tandis que les Etats-Unis ont connu une décennie flamboyante avec moins de 5 % de chômeurs. En 2000, la nouvelle économie s’est effondrée après deux krachs boursiers en mars et en septembre. La crise boursière s’est traduite par des suppressions d’emplois dans la nouvelle et dans l’ancienne économie. Chacun a dû revoir l’optimisme de ses prévisions. Le NASDAQ a chuté de 7,2 % le 2 janvier 2001 et est monté de 14 % le lendemain. En 1999, il avait progressé de 85,6 % mais avait reculé de 35 % en 2000. Les acteurs sont désorientés, comme en témoigne cette volatilité. Une société américaine a perdu 99 % de sa capitalisation boursière. Aujourd’hui, les spéculateurs n’achètent pas sur Internet mais profitent de l’information pour négocier leurs conditions. Il s’est créé une véritable bulle financière, c’est-à-dire une anticipation irrationnelle des bailleurs de fonds qui ne se préoccupent plus du résultat à court terme mais se contentent du potentiel. Tout le monde a voulu participer à une ruée vers l’or qui s’est transformée en curée. La fin de la nouvelle économie ?Alain FAUJASLa nouvelle économie est comparable à une station service qui serait construite en rase campagne. Bouygues a refusé de payer la licence UMTS, non seulement en raison du prix mais parce que les services sont encore à inventer. Personne ne sait à quoi sert UMTS. La spéculation a pris corps également dans le secteur de la recherche, la logique de production l’emportant sur le marketing. Assurément, l’économie détachée de la réalité est bien finie. Néanmoins si les jeunes pousses sont fragiles, certaines sont très rentables. Cisco représente aujourd’hui 19 milliards de chiffre d’affaires, 2,6 milliards de bénéfices soit un taux enviable de rentabilité de 13,6 %. En France, Alcatel s’est recentré sur les activités Web et résiste. La nouvelle économie pénètre l’ancienne. Après l’ordinateur, les entreprises se sont mises à Internet. General Electric fabrique de l’électricité et des moteurs d’avions en utilisant les possibilités du Web. Ce sont les relations B to B qui profiteront le plus des acquis la nouvelle économie. La bourse a tout de même doublé entre 1998 et 2000. La nouvelle économie ne disparaîtra pas. Elle se rationalise et réalise qu’il faut des recettes. J’ai tenté de créer un site sur les médias et j’ai contacté des capital-risqueurs professionnels. L’aventure s’est vite arrêtée car les investisseurs attendent aujourd’hui un retour réel, au moins après quelques années. Amazon continue d’accumuler les déficits. Combien de temps tiendront-ils ? Le journal Le Monde dépense trente millions chaque année pour son site. Les progrès de la génétique nous rappellent aussi l’existence des limites temporelles. Enfin, nous redécouvrons la notion de risque. Tous les capital-risqueurs mesurent désormais leurs décisions en pesant le risque. Aux Etats-Unis, on dit qu’il existe environ deux millions et demi d’idées sur lesquelles environ cent mille business plans déboucheront sur un millier de créations d’entreprises. Cent lèveront des fonds, dix entrerons en bourse mais une seule réussira. Nous ne raisonnerons ni ne travaillerons plus de la même manière mais nous ne ferons plus non plus n’importe quoi, n’importe comment et avec n’importe qui. Nous entrons dans la rationalité. Est-il plus difficile de créer une start-up aujourd’hui ?Alain FAUJASLes bailleurs de fonds amateurs se sont retirés du marché. Néanmoins, les gouvernements européens, notamment le gouvernement français, ont imaginé des procédures de financement pour stimuler l’investissement risqué. Les professionnels sont toujours présents et plus riches qu’hier. Le portrait type du créateur d’entreprise a-t-il changé ?Alain FAUJASLe créateur de start-up a toujours le même profil : une idée et une excellente aptitude commerciale. Il doit séduire des partenaires financiers, s’entourer de compétences, etc. Il vient de la fonction commerciale financière ou d’une fonction technique. Les inventeurs existent aussi dans les écoles de commerce. Le créateur n’a pas toujours les moyens d’exploiter son idée et peut se la faire voler. Les bailleurs préfèrent les équipes aux solitaires et n’hésitent pas à compléter l’équipe. Où se situent selon vous les frontières entre nouvelle et ancienne économie ?Alain FAUJASElles tendent à disparaître. L’ancienne économie est fécondée par la nouvelle et la nouvelle doit se plier aux normes de l’ancienne. Depuis Gutenberg, la presse écrite n’a pas toujours été une économie rentable. Nous sommes passés de la typographie à l’informatique au cours des années 80. Avec la nouvelle économie, nous avons soudain accès aux bases de données du monde entier, nous pouvons dialoguer en temps réel avec la rédaction du journal, sans bouger de notre place et tout en interrogeant une personne. Evidemment, Internet véhicule des informations nombreuses dont certaines sont très peu fiables. Il faut enquêter pour les distinguer. Je pourrais faire les mêmes constatations dans l’agro-alimentaire ou dans le domaine commercial. Expliquez-vous la situation économique exceptionnelle des Etats-Unis par le développement des nouvelles technologies d’information, par la conjonction de facteurs plus traditionnels ou par un mélange des deux ?Alain FAUJASTous les facteurs se combinent. La nouvelle économie a donné un élan extraordinaire à l’économie américaine : un chômage bas, une croissance favorable, une inflation nulle. La politique d’Alan Greenspan et l’attitude du Président Clinton ont contribué à cette situation. George Bush est élu avec un programme de fortes réductions d’impôts. Le temps que le projet soit adopté et appliqué, l’économie peut se retourner. Comme Clinton, il finira par laisser faire la Réserve Fédérale. Questions du public.
Alain FAUJAS |
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